23 septembre 2019

France-All Blacks : un duo en duel à Dijon

L’un est français (originaire d’Afrique-du-Sud) et entraîne les avants du Stade Dijonnais. L’autre est néo-zélandais et s’occupe des lignes arrières dijonnaises. Éric Melville et Lipi Sinnott (photo) se sont prêtés au jeu de l’interview croisée avant la finale de la Coupe du Monde de rugby entre la France et la Nouvelle-Zélande. Ensemble sur le banc de touche du Stade, le duo sera séparé le temps d’un match dimanche matin…

Le duo d'entraîneurs du Stade Dijonnais est composé d’Éric Melville (à gauche) et d'Iharaira Sinnott, dit 'Lipi'.

DIJON-SPORTnews.fr : Comment jugez-vous le parcours de la France et de la Nouvelle-Zélande dans cette Coupe du Monde ?

Éric Melville : “Il ne faut pas se cacher, l’équipe de France n’a pas été géniale. C’était presque la honte. Il y a eu une révolte qui a fait qu’on a battu l’Angleterre. Si les Français avaient gagné contre le Tonga, ils n’auraient peut-être pas été si bons contre les Anglais. On a fait un bon match contre les Gallois sans être brillant non plus. Maintenant, les Français n’ont rien à perdre. Ils jouent contre la meilleure nation du monde, et ils savent que s’ils ne sont pas prêts, ils peuvent en prendre 40 ! Les Néo-Zélandais sont très réguliers, ils jouent très juste. Rugbystiquement, c’est très correct, c’est pointu, presque chirurgical, même sans Carter. En plus, ils jouent chez eux, comme en 1987 (ndlr : lors de la finale en 1987, la Nouvelle-Zélande avait battu la France 29-9)…”

Iharaira ‘Lipi’ Sinnott  : “Ce sont deux équipes avec un parcours différent. Elles ont pu se tester en poule. Je pense que les All Blacks sont capables de s’adapter et de changer leur jeu en fonction de l’adversaire. Ils sont plus physiques à mon avis que les Français. Avec certains joueurs clés, les All Blacks ont une capacité d’adaptation très rapide comme le jeune et surprenant n°10 Aaron Cruden. En tant que Néo-Zélandais, j’espère que mon pays sera champion. On sait aussi qu’il y a beaucoup de paramètres extérieurs au jeu qui peuvent être sources de motivation, comme lors de la Coupe du Monde 1995 en Afrique-du-Sud (ndlr : les changements politiques avec Mandela…).”

Lipi Sinnott a entraîné le RC Toulon avec Tana Umaga ! Éric Melville, quant à lui, a été 2 fois champion de France avec Toulon et totalise 6 sélections avec les Bleus !

DSn : Selon vous, quelle sera la clé de la partie ?

EM : “Pour la France, il faut qu’on arrive à avoir une bonne conquête pour avoir de bonnes munitions pour jouer. Il faudra proposer un jeu varié, sans faire n’importe quoi. Si l’équipe de France arrive à se lâcher, il y a tout à gagner. Mais ça passera par beaucoup de détermination et d’engagement, à fond la caisse pendant 80 minutes ! Pour les Blacks, ils varient bien le jeu et sont capables de tout faire. Selon comment la France jouera, ils s’adapteront.”

ILS : “Pour moi, la différence se fera sur les confrontations directes : McCaw, Kaino et Read contre Dusautoir, Bonnaire et Harinordoquy. La chose la plus importante pour les Français sera de ne pas faire d’erreur et de ne pas perdre la balle lorsqu’ils auront la possession. Sinon, les contre-attaques des Néo-Zélandais feront très mal. Il va y avoir une bataille dans les rucks. L’arbitre Craig Joubert va mettre sa main sur le match d’entrée, puis il va disparaître et laisser le jeu se faire. Les 2 équipes devront s’adapter à l’arbitrage. Je pense aussi qu’il y aura quelques tentatives de drop face à de grosses défenses. Plutôt que de faire de nombreux temps de jeu sans scorer comme les Gallois, un drop peut permettre de marquer 3 points et d’évacuer la pression. Pour l’une ou l’autre nation, il faudra s’adapter.”

DSn : Quels sont selon vous les joueurs qui seront décisifs pour chaque camp ?

EM : “Pour les All Blacks, Richie McCaw forcément. On verra s’il va réussir à gratter autant de ballons ! Aaron Cruden, le jeune ouvreur All Blacks, s’il fait un bon match, on peut le voir pendant encore longtemps avec les Blacks. Côté français, Morgan Parra sera déterminant. Même s’il est jeune, il est plus expérimenté que son vis-à-vis. Il devra varier son jeu, utiliser le pied et marquer quand il faudra.”

ILS : “Pour la France, le capitaine Dusautoir est un homme clé. Le talonneur Servat et la première ligne auront un grand rôle. Parra aura aussi un énorme travail. Côté néo-zélandais, les joueurs clés seront McCaw, la première ligne et la charnière Weepu-Cruden. Ce sont les joueurs qui prennent les décisions (8-9-10) qui seront déterminants. Je ne crois pas que l’arbitre sera décisif comme beaucoup d’autres personnes le pensent.”

Le duel entre Français et Néo-Zélandais retentit même à Dijon !

DSn : Quel est ton pronostic Éric, et quel sera le score selon toi ?

EM : “Je ne veux pas décevoir les Français et j’aimerais que la France gagne, mais je dirais que les All Blacks vont gagner 25-18.”

DSn : Même question Lipi, un pronostic ?

ILS : “Je te dirai ça vers midi dimanche (rires) ! Comme je disais, j’aimerais que mon pays gagne. Évidemment, les Français aussi le veulent. C’est difficile de prédire le score… Si on regarde les statistiques, la Nouvelle-Zélande devrait l’emporter. Mais ce ne sont pas les statistiques qui portent les maillots ! L’équipe qui mérite le plus gagnera. Je pourrais te dire que les All Blacks vont gagner de 20 points, mais ça ne serait pas respectueux pour la France. Personne ne peut savoir ce qui va arriver, et je ne suis pas trop pour les pronostics.”

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