26 novembre 2020

Bilan, recrutement, projet : les vérités de Samuel Riscagli (2/2)

Suite de l’interview de Samuel Riscagli. Dans le premier volet, l’entraîneur du DFCO Féminin s’est livré sur la saison écoulée et a évoqué le recrutement ainsi que les objectifs de la saison prochaine. Dans ce second volet, Samuel Riscagli parle de l’évolution de ses joueuses et de son avenir personnel.

 

En terme de jeu, le DFCO a progressé selon Samuel Riscagli. Crédit : Nicolas GOISQUE
En terme de jeu, le DFCO a progressé selon Samuel Riscagli. Crédit : Nicolas GOISQUE.

DIJON-SPORTnews : Tu es arrivé la saison dernière, ressens-tu une évolution dans le jeu ?

Samuel Riscagli : C’est le jour et la nuit. La première saison c’était une saison d’audit, je découvrais les filles. Il fallait prendre conscience de ce qu’était le football féminin, de voir quels étaient  les manques et de voir les axes de progrès notamment au niveau du jeu. Cette année, même si on n’a pas toujours très bien joué, on a été largement plus cohérents sur le plan du jeu et de la maîtrise collective. Tactiquement, les filles ont assimilé plus de choses. L’année dernière c’était difficile parce qu’elles n’avaient pas l’habitude. En plus, moi je suis un barjot de la tactique. On a un projet de jeu cohérent, il y a eu énormément de progrès, mais maintenant on doit gagner en maturité et en efficacité pour prétendre à autre chose.

DSn : Cette saison est-ce qu’il y a des satisfactions, des joueuses qui ont progressé ?

SR : La progression a été constante chez tout le monde. Par contre, je pense que certaines joueuses arrivent au maximum de leurs possibilités et, malheureusement, ne rentreront plus dans les critères la saison prochaine.

DSn : Laura Bouillot était indiscutable la saison dernière. Mais les arrivées en attaque vont amener de la concurrence. Est-ce que cela va être bénéfique à Bouillot ?

SR : C’est le but. Laura Bouillot est une joueuse de D1 mais depuis plus de six mois c’est une joueuse de D2 parce que je pense qu’elle s’est mise au niveau. Lorsqu’elle est arrivée de Saint-Eienne, elle marquait but sur but et était très performante. Aujourd’hui, elle n’a pas régressé mais elle a plutôt stagné et elle s’est adaptée au niveau de la D2. Donc, lui mettre des joueuses de qualité à ses côtés va lui permettre de retrouver son niveau mais aussi lui redonner de l’envie à l’entrainement. Cette saison nous avons été “Bouillot-dépendants” et là je vais avoir plus de solutions. Elles devront se battre pour avoir leur place, mais je n’exclus pas l’option de toutes les faire jouer en même temps. Tactiquement, je vais avoir plus de choix que je n’avais cette saison.

Samuel Riscagli envisage toujours d'être le numéro un sur banc de Ligue 2 ou de Ligue 1. Crédit : Nicolas GOISQUE
Samuel Riscagli envisage toujours d’être le numéro un sur banc de Ligue 2 ou de Ligue 1. Crédit : Nicolas GOISQUE.

DSn : D’un point de vue personnel, est-ce qu’un jour tu souhaiterais devenir n°1 chez les hommes en professionnel ?

SR : Je ne l’exclus pas parce que j’ai des ambitions. La première c’est d’emmener le DFCO Féminin au plus haut niveau, c’est-à-dire en première division. Mais aussi d’installer notre formation de manière durable grâce à nos U19 nationaux et aux sections sportives au collège et au lycée. Après, je suis sollicité par des clubs de CFA, de national et même de Ligue 2 chez les garçons, mais je me suis engagé donc je vais au moins faire cette saison là pour impulser le projet. Je réfléchis à retourner un jour chez les garçons car je suis de plus en plus sollicité. Un jour j’aimerais poser mes fesses sur un banc de Ligue 2 ou de Ligue 1 comme numéro 1.

DSn : Ces convoitises montrent que le travail que tu fais est de qualité et qu’il est reconnu…

SR : C’est sûr que c’est gratifiant et motivant. Et puis ça veut dire aussi que même si j’ai fait ce choix par défaut de venir chez les filles, un choix que je ne regrette pas, les gens continuent à te solliciter malgré le fait qu’il n’y ait peu de visibilité en D2 féminine. Tout ça montre que le travail est reconnu et c’est intéressant.

DSn : Toi qui vient du monde professionnel, comment juges-tu le niveau du football féminin en France ?

SR : Il est très hétérogène. Il y a Lyon qui est très au-dessus, Paris n’est pas très loin parce qu’il y a des moyens et puis derrière on retrouve des équipes comme Juvisy, Montpellier, Guingamp, Saint-Etienne. C’est un niveau en-dessous. Je pense que la réforme qui arrive l’année prochaine va aider le football féminin à franchir un cap. Cette hétérogénéité est encore plus forte en deuxième division. Le fait que les clubs pros rentrent de plus en plus dans la danse et souhaitent avoir une section féminine va aider ce football là à se structurer et avoir un certain niveau, c’est évident. Même si on peut saluer les clubs de D1 qui sont amateurs, il n’y a pas les moyens, ni les infrastructures pour amener ces clubs au haut niveau.

Le DFCO Féminin continue son développement. Crédit : Nicolas GOISQUE
Le DFCO Féminin continue son développement. Crédit : Nicolas GOISQUE.

DSn : Effectivement, pour développer un club il faut des moyens…

SR : Pour avoir des meilleures joueuses à la formation, il faut de meilleurs entraînements et pour ça il faut de meilleurs éducateurs. Mais pour les avoir, il faut les rémunérer et à une hauteur décente. Embaucher des personnes à plein temps ça a un coût pour les clubs, derrière il faut aussi donner des moyens financiers pour les filles. On ne peut pas développer avec des bouts de ficelle.

DSn : Au niveau de l’équipe professionnelle, les garçons finissent 4èmes. Tu en penses quoi ?

SR : Le groupe était relativement jeune, il n’y avait pas de vrai leader sur le terrain. Quand on est dans une mauvaise série, sans leader c’est compliqué de l’inverser. Il y a aussi un budget modeste même si cette année le club avait les moyens pour accéder en Ligue 1. Moi je trouve ça frustrant et je suis déçu pour le club, pour le staff, pour les joueurs. Mourir au pied du podium, à la place du « con », c’est pire que tout. On a fait une première partie de saison exceptionnelle, peut-être en surrégime, mais en tout cas on méritait d’être là. Mais ce qui est difficile dans le football et dans le sport c’est que l’on travaille de l’humain. Donc parfois, il y a des éléments mentaux, physiques et psychologiques qui nous échappent.

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