19 septembre 2020

Eric Carrière (4) : « Le football reste un sport populaire »

DIJON-SPORTnews.fr est allé à la rencontre d’Eric Carrière, ancien joueur du Dijon Football Côte-d’Or. L’ancien milieu de terrain, également passé par Nantes, Lyon et Lens, tire un bilan de la saison écoulée (L1, L2, équipe de France…) Tout au long de l’été, vous pourrez retrouver les analyses du  consultant phare de la chaîne cryptée. Après avoir évoqué la saison de Ligue 1, puis celle de Ligue 2, cap sur les affaires de corruption à la FIFA, l’arbitrage vidéo et l’équipe de France.

 

© Nicolas GOISQUE/archives
© Nicolas GOISQUE/archives

DIJON-SPORTnews : La FIFA est entachée par de nombreuses affaires de corruption,  trouves-tu  que cela nuit à l’image du football ?

Eric Carrière : Il y a beaucoup de choses qui ne nous touchent pas forcément, c’est-à-dire oui on voit les corruptions, c’est très grave et très embêtant pour l’image du football c’est sûr. Mais si demain on avait une Coupe du Monde, c’est fini et tout le monde serait à fond dans la compétition. Le football reste un sport populaire, et ça pour toujours. J’ai tendance à essayer de ne pas trop juger quand c’est difficile d’avoir tous les éléments et c’est le cas dans cette histoire.

DSn : C’est vrai que ce n’est pas une affaire évidente…

EC : Evidemment. Les médias essayent de faire des enquêtes mais ce n’est vraiment pas évident. À ce niveau-là, on n’est plus dans de la politique. La « bonne nouvelle » c’est qu’à mon sens, même si je ne suis pas d’accord avec Michel Platini sur la vidéo, il paraît être quelqu’un de bien et qui connaît le football. Ça semble être celui qui est le mieux placé pour prendre la place de Sepp Blatter. Et justement je me suis posé la question : pourquoi Blatter démissionne après avoir été réélu ?

DSn : Peut-être que le fait que Jérôme Valcke soit impliqué a changé la donne…

EC : Normalement, quand tu es président c’est toi qui est censé gérer les choses. Après c’est vrai que c’est difficile. Mais est-ce qu’il n’y a pas le fait aussi de se dire : comme ça ce sera Michel Platini qui va prendre le relais. Parce qu’après c’est sûr que s’il s’était retiré avant, Platini n’aurait pas pu se présenter, je pense. Est-ce qu’ils auraient annulé l’élection comme il n’y avait qu’un candidat ? Pas sûr. Après, ça reste une très bonne nouvelle pour le football. Même si c’est toujours facile de critiquer, quand on est en poste ça ne doit pas être si évident que cela. Personnellement, je n’en voudrais pas de ce poste là (rires). C’est pour ça qu’il faut aussi être admiratif des personnes qui ont des responsabilités et qui ont des décisions importantes à prendre.

Photo Nicolas GOISQUE / archives
Photo Nicolas GOISQUE / archives

DSn : Tu as évoqué la vidéo, est-ce que ce n’est pas la meilleure solution pour aider l’arbitrage ? Cette saison, la Ligue 1 fait un premier pas avec la goal-line technology…

EC : Génial ! (Ironie) La goal-line technology va nous servir combien de fois franchement ? Bien sûr, il va falloir l’amortir visuellement, donc même quand le ballon sera rentré d’un mètre on va l’utiliser. Mais c’est très cher alors qu’on va s’en servir que quelques fois. C’est une avancée, il faut la prendre. Il y a suffisamment d’argent dans le football pour qu’on puisse avancer au niveau technologique. Après, la vidéo ce n’est pas facile de la mettre en place mais je suis pour sa mise en application. Le problème c’est que l’on n’essaye pas alors que sur certaines compétitions on pourrait le faire, comme ils le font au rugby ou au tennis. J’irais plus vers un système comme au tennis, c’est-à-dire sur certaines actions, donner aux capitaines et aux entraîneurs la possibilité de choisir de l’utiliser ou non. Du coup, la responsabilité est sur l’entraîneur.

DSn : C’est vrai que l’arbitre n’a pas un rôle facile et subit beaucoup de pressions…

EC : Il faut que les coachs arrêtent de se défausser sur l’arbitrage, c’est extrêmement difficile d’arbitrer. Il faudrait qu’ils essayent d’arbitrer au moins une fois car il y a beaucoup de mauvaise foi, c’est incroyable ! En plus, certains entraîneurs arrivent à être de mauvaise foi avec les images. La tu te dis : il est fort celui-là. Sur les erreurs d’arbitrages, 90% pourraient être réglées avec la vidéo. Et les 10% restant ce sera à l’appréciation du trio arbitral.

©Nicolas GOISQUE/archives
©Nicolas GOISQUE/archives

DSn : Sur quelles phases de jeu peut-on utiliser la vidéo selon toi ?

EC : Je pense qu’on peut l’utiliser sur les hors-jeu, les penaltys. Mais après il faut avoir une vraie réflexion : si on met la vidéo c’est sur quoi, quand et comment ? Les arbitres auront tendance à laisser jouer puisqu’il y a la vidéo derrière. Ce sont les difficultés. Mais il faut continuer à les noter et du coup avoir des arbitres plus professionnels, ou quand ils se sont trompés on leur donne une mauvaise note pour ne pas être influencé par ça. C’est-à-dire ne pas déresponsabiliser l’arbitrage.

DSn : Une grande échéance arrive en France avec le championnat d’Europe, tu as porté ce maillot bleu. Quand on est à l’approche d’une grande compétition, peut-on occulter les performances en club ?

EC : Tu as différentes positions d’internationaux : ceux qui sont sûrs d’être sélectionnés et les autres. Moi j’ai plutôt fait partie des autres (rires). Même si ce n’était pas facile de percer dans cette génération, il faut être lucide sur son niveau. Il y avait des mecs qui étaient plus forts que moi et je n’ai pas de problèmes avec ça. J’y suis allé en 2001 à la suite de la saison avec Nantes, c’était une consécration pour moi. J’y suis allé à fond là-bas, au taquet. Mais je sentais que certains joueurs auraient préféré être en vacances parce qu’ils n’avaient pas grand-chose à jouer comparés à d’autres comme moi à l’époque. Moi j’ai croqué ça comme si c’était un dessert. Malgré tout, à l’époque, c’était fantastique de voir des mecs comme Desailly, Lizarazu ou Vieira sur le terrain. C’étaient des compétiteurs. En 2002, on était dans la même situation qu’eux actuellement, et moi je ne pouvais pas laisser tomber le club. Parce que je savais que c’était en étant bon en club que je pourrais aller au Mondial. Les Français, à l’heure actuelle, tu as quelques joueurs qui ont des points à gagner et d’autres qui ont des certitudes. Le rôle de Deschamps et du staff c’est de maintenir les joueurs concentrés pour ne pas qu’ils se blessent.

© Nicolas GOISQUE/archives
© Nicolas GOISQUE/archives

DSn : La génération actuelle avec l’émergence de Lacazette, de Fékir, peut elle réussir un coup et remporter l’Euro même si ce n’est pas évident de gagner à domicile ?

EC : En jouant à domicile, tu as quand même plus de chances. Statistiquement, il y a plus d’équipes qui vont loin dans une compétition quand elles jouent à domicile que l’inverse. L’autre jour, il y a des mecs qui en rigolaient : « Ouais tu as vu le Brésil », sauf que le Brésil a quand même été en demi-finale. Même s’ils prennent une taule, ils sont dans le dernier carré. Je pense que nous on aimerait être dans le dernier carré tous les quatre ans. Je pense que ça va être dur, l’équipe est un peu jeune. Il lui manque deux ans. Elle a quand même fait une Coupe du Monde, en y figurant bien, mais le championnat d’Europe c’est plus dur, notamment au niveau des poules. Lacazette et Fékir vont prendre de l’expérience et ça peut fonctionner. À l’époque, il y avait des Thierry Henry, David Trezeguet, qui étaient arrivés jeunes et ils ont profité du groupe pour engranger de l’expérience. Quand on est champion du monde, que dans l’équipe il y a Laurent Blanc et Didier Deschamps, des mecs qui avaient déjà beaucoup de bouteille, forcément tu progresses. Mais il n’y a pas ce genre de joueurs dans l’équipe actuelle. Il manque des piliers comme à l’époque. Un mec comme Pogba, il est bourré de talent mais ce n’est pas encore un cadre. Ils peuvent le faire mais ce sera encore mieux dans deux ans à la Coupe du Monde et si Deschamps reste. Parce qu’il a cette qualité de fédérer pour que les joueurs laissent l’équipe au-dessus d’eux. C’est important de ne pas jouer de manière individuelle. Quand tu joues en équipe de France, il faut laisser les égos de côté.

 

1 thought on “Eric Carrière (4) : « Le football reste un sport populaire »

  1. Bonjour,

    J’ai le plaisir de vous informer de la parution d’un dictionnaire multilingue de football. Dans tous les grands clubs français cet ouvrage devrait faciliter la communication avec les joueurs étrangers recrutés en Grande-Bretagne, en Espagne, en Allemagne, au Portugal, en Italie, aux Pays-Bas, au Brésil, en Argentine, en Russie et en Ukraine et venus jouer en France. La part des joueurs étrangers débarquant dans les clubs professionnels français n’a fait qu’augmenter depuis le début des années 1980. Le message qu’un entraîneur veut transmettre à ses joueurs doit être compris exactement et cette communication n’est pas toujours évidente pour qui travaille à l’étranger ou gère des joueurs étrangers.
    De nombreux joueurs français jouant en club à l’étranger et vivant en immersion totale sont de véritables débutants dans les langues locales. La barrière de la langue est une réalité importante à laquelle les joueurs francophones et étrangers sont confrontés et ce livre sera donc d’une grande utilité.
    Comment dire « remise en jeu », coup de pied de coin, « dévisser sa frappe », « faire une touche », frapper du plat du pied », « inscrire un but de la tête », « tir brossé », « tir non-cadré », « sortie en six mètres » en anglais, en allemand, en néerlandais, en espagnol, en italien, en russe, etc. ?

    Un dictionnaire bienvenu à six mois de l’Euro 2016 de football, qui a déjà accroché de très grands clubs comme le PSG, le Stade rennais, les Girondins de Bordeaux, l’OM ou le Sporting Club Vilvoorde.
    En vous remerciant de l’intérêt que vous porterez à ce dictionnaire d’un sport le plus populaire et le plus apprécié au niveau mondial,
    Recevez, Madame, Monsieur, mes meilleures salutations.
    Henri Goursau
    Editions Goursau
    14, avenue du mail
    31650 Saint-Orens de Gameville
    France
    Tél.: 05.61.39.26.40
    http://www.goursau.com

    PS. Prix de l’ouvrage 16€ + port (5€)

    Nombre d’entrées par couples de langues : 2500
    Liste des glossaires :
    Français/Anglais – Français/Allemand
    Français/Espagnol – Français/Espagnol argentin
    Français/Italien – Français/Portugais
    Français/Portugais brésilien – Français/Néerlandais
    Français/Russe – Français/Ukrainien

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