17 octobre 2019

le marathon de l'intérieur : Aurélie Gauthier et R Lelièvre

Alors que Paul Lalire est devenu à Tours champion de France du marathon d’autres pensionnaires de l’AC Chenôve font également parler d’eux sur cette épreuve unique. Depuis plusieurs années, Romain Lelièvre parcourt l’Europe, marathon après marathon (Dublin, Barcelone, Rome…). cette année il était à Berlin. Aurélie Gauthier, elle, découvre depuis peu la discipline et vient de terminer à la seconde place du marathon de Lyon en un peu plus de trois heure. Vivons avec ces deux  athlètes, leur dernière course de l’intérieur, à travers leur récit ; une façon de se rendre compte de la particularité de cette distance mythique.
 

Aurélie à Lyon et Romain à Gauche © Organisations
Aurélie à Lyon et Romain à Berlin © Organisations

 
Aurélie Gauthier 2 ème à Lyon en 3h00’55
“je tiens spécifiquement à remercier tous ceux  qui m’ont soutenu jusqu’au bout et qui se reconnaîtront. l’énergie qu’ils mont communiquée était intense et m’a beaucoup apporté  j’ai pu voler de mes propres ailes Je reviens tout juste du marathon de Lyon : challenge supplémentaire que je me suis fixée depuis juin 2016 Merci à Régis Raymond (Semur) de m’avoir aidé à préparer cette course et à me rassurer lorsque j’avais des doutes.
 
 
Aurélie et ses amis venus la soutenir  © Sonya D
Aurélie et ses amis venus la soutenir © Sonya D

Alors même que la veille au soir je me sens stressée, je passe une nuit apaisée. Je me réveille à 6h pour une douche, quelques soins, le petit déjeuner  et la promenade d’Idefix (mon chien). Sonia et toto, des amis, m’attendent en bas de l’hôtel et se proposent de promener le chien afin que je puisse finir mes préparatifs : je suis contente de voir que mes amis sont avec moi et me soutiennent dans cette épreuve. Ils sont aussi stressés que moi avant la course. Je finis donc de me préparer et nous nous dirigeons vers le départ de la course.
Je rejoins le SAS préférentiel où je découvre des coureurs de l’Association des coureurs sur route de Dijon  ! belle surprise, je discute avec eux. Je ne me suis jamais échauffée aussi mal avant une épreuve, mais pas le choix, si je veux garder une place raisonnable. Je prends donc le départ ; les premiers km sont rapides : 4’05 de moyenne. Je ralentis et conserve une allure proche des 4’12. Je ressens de bonnes sensations seulement à partir du 15ème km. Avant, je ressens des douleurs musculaires et je sens que je tape le sol ! Bref, je poursuis dans cette allure, me demandant si j’allais arriver à courir jusqu’au bout comme ça, et si 3 h n’était pas un objectif trop exigeant ? Je me dit d’ arrêter de penser et de vivre ma course à fond, sans me poser des tas de questions, qui me bouffent  de l’énergie inutilement. Nous passons dans un tunnel qui nous sépare des coureurs du semi.
 
42km seule face à soi-même © SDR
42km seule face à soi-même © SDR

 
Je me sens de suite plus seule car les coureurs de marathon sont plus espacés. Je me cale sur une allure de 4’12-4’11 et j’aperçois des coureurs avec lesquels je reste “greffée” jusqu’au 25ème km. Cette course me permet de voir des paysages différents tout au long du Rhône, et j’apprécie vraiment les conditions météo. Je garde un rythme linéaire et me sens bien. Pas de soucis digestif jusque-là, je suis trop contente. Un gars devant moi garde une même allure, je décide donc de le garder en ligne de mire. Jusqu’au 28 ème. Après il faiblit et ne me reprendra que  sur les deux derniers km.
Au 30ème, je dépasse une kényane. Là, je me dit : soit c’est elle qui est mal, soit c’est moi qui suis devenue trop forte ! au vu du chrono, je constate qu’elle a dû “péter” ! car je la dépasse et je la sens en grande  difficulté Je suis contente de constater que jusqu’au 36ème je garde mon allure ; je me surprends même car je ne pensais pas aller jusqu’ici comme ça. Par contre arrivée au 36ème, mon chrono n’affiche plus du tout les mêmes allures. Là je me dit que le muret n’est pas loin. J’essaie d’insister mais sans résultat positif ; je décide alors de me contenter de galérer mais de continuer. La course se passe vraiment bien et les encouragements, et les musiciens ne manquent pas.
 
Dernière ligne droite © Organisation
Dernière ligne droite © Organisation

Lorsque j’arrive sur le dernier km, les encouragements me portent, J’arrive vers le départ du 10 km et une foule de gens me félicite, crie et m’encourage !! c’est tellement fort et intense que j’en ai encore des frissons. Je pleure quelques larmes car je sais que je suis proche des 3 h00, mon  objectif de départ ! Peu importe la place ;
J’arrive à voir l’arrivée, et décide de m’élancer ; les douleurs disparaissent et m’incitent à aller encore plus vite. Cela ne dure que quelques 100 m . Passé l’arrivée, je n’en reviens pas ! Une personne de l’organisation m’interpelle et me dirige vers les podiums. Mes muscles vont bien, mes articulations aussi Je n’ai mangé qu’un abricot sec sur toute la course et me suis aspergée 6 fois de suite sur tout le corps lors du parcours. Cela m’a aidé à ne pas me déshydrater.
A l’heure où j’écris je n’en reviens toujours pas d’avoir vécu tout ça aujourd’hui. La vie continue et demain je retourne à l’école de naturopathie. Comme si j’avais passé un weekend normal ! bizarre de passer du coq à l’âne en l’espace de quelques heures. Comme si j’avais vécu un rêve, dans un monde parallèle et que le retour à Dijon était un monde plus concret. Mais il est sûr d’une chose, c’est que cette épreuve restera dans ma tête très très longtemps.”
 
 
 
Romain Lelièvre finisher du marathon de Berlin en 2h41’38
 
Berli et ces plus de 40 000 marathoniens !! © BM
Berli et ces plus de 40 000 marathoniens !! © BM

“La nuit de veille de course est relativement calme pour moi et même si je me réveille vers 1h pour manger je me rendors. Toutes mes affaires sont prêtes, les gels sont numérotés, Aurélie (ma compagne) connaît ses points de passage et son vélo, loué la veille, trône dans la petite chambre située à 1 km du départ. Les voyants sont au vert. Je finis de manger mon gâteau sport entamé la veille vers 6h. Nous quittons la chambre à 8h. Mon départ est situé Block B à 9h15. Nous tentons de nous frayer un chemin en passant vers la porte de Brandebourg, pas simple avec son vélo.
Nous nous séparons devant le Bundestag car les coureurs doivent passer un premier contrôle… et là les choses se gâtent pour moi. L’ascenseur émotionnel n’était pas sensé débuté si tôt. .. à ce contrôle un agent regarde ma puce sur ma chaussure, mon dossard et le bracelet donné au village marathon… Sauf que je n’ai plus ce bracelet. Je l’ai placé soigneusement dans mes affaires.Erreur de débutant, je m’en veux tellement, moi qui ai préparé ce marathon de A à Z. Mais pour l’heure montée de stress ! Dans un mauvais anglais, l’agent me dit que je ne passerai pas. J’explique que j’ai ma puce et mon dossard et que je suis donc bien en règle. Rien à faire.
Impossible de ne pas prendre le départ. C’est inconcevable. Du coup, je me place derrière un coureur en règle et le suis en disant au type : sorry I must go ! Je sprinte pour passer et derrière moi j’entends crier. Trop de coureurs. Il ne me retrouvera pas. Cette opération se rééditera au moment d’aller dans mon Block B. Une pression énorme.J’arrive au départ avec 30 min d’avance et me place sur la bande du milieu. A mes côtés les athlètes en fauteuil vont s’élancer. Quelques sourires avec ceux qui vont connaître avant moi le 42,195 km de ce parcours. Je m’allonge sur une veste trouvée là. Ils partent. Nous nous plaçons tous dans notre sas. Je discute avec un français, Vincent qui vise 2h45. Nous parlons stratégie de course et il me dit qu’il me suivra autant que possible. Je pense à Aurélie qui m’attend déjà 1 km plus loin. Une musique qui donne la chaire de poule, je pense aux 41 282 autres coureurs qui, comme moi vont s’élancer…Boum départ.
Un rythme qui se veut le plus régulier possible © BM
Un rythme qui se veut le plus régulier possible © BM

..Ma montre, mise en timer ”bipe” tous les 3’50”. Un peu lancinant mais efficace. Je suis  mes km à chaque bip et avec Vincent nous tracons notre route. Encore énormément de coureurs groupés à ce stade. L’ambiance est grandiose. Ce sont des jours faits pour être vécus à fond dans une vie. Toute la difficulté reste de ne pas être trop grisé par l’événement… 5em km en 19’14” puis 10em en 38’14” tout va bien… Sauf dans mon ventre. Problèmes gastriques jamais connus à ce point sur marathon. Une seule fois j’avais dû mettre le clignotant à Barcelone pour la grosse commission. A Berlin ces désagréments se répéteront 4 fois entre le 10 em et le 25 em km.
Je tente de ne pas cogiter. A chaque arrêt je repars en regardant le débardeur noir de Vincent qui s’éloigne. Il est à 40 m… je bouche le trou progressivement à chaque fois. Au km 13 je vois Aurélie qui me donne des gels. Voilà une vision importante car tout ce qui est positif est bon à prendre lorsque tout ne se passe pas comme prévu. Au km 15 je passe 57’10, un peu en avance sur mon temps qui devait être de 57’30 pour finir en 2h41’44 mais tout va bien au niveau tempo. Je vois à nouveau ma chérie au 18,5 km et je suis alerte. Je pense à boire à chaque ravito : je me saisis du verre, en verse la majeure partie à terre et bois le reliquat. Passage au 20 km en 1’16’05 contre 1h16’40 je me dis que j’ai un petit matelas d’avance.
Dans les rues l’ambiance est grandiose et je songe a ce chiffre révélateur : 1 million de spectateurs se massent dans les rues de la capitale allemande. Mon passage au semi en 1h20’13” commence à me donner de gros espoirs de performance, d’autant que mes problèmes gastriques  semblent derrière moi… or je connaîtrai encore un dernier épisode critique de ce type plus loin. Je me retrouve un peu seul après le semi mais vers le 23 ème km je croise un groupe de 4 mecs qui me reprennent et l’un me dit : good pace ! Le pace c’est le lièvre dans une course. Je souris en moi en pensant à mon nom de famille. Ça ne s’invente pas. Je me cale derrière ce groupe d’avions de chasse et malheureusement je ne vois plus les bornes kilométriques. Ma montre ”bip” mais je ne sais plus trop ou j’en suis, avant d’arriver au 30 ème km…
Tenir jusqu'au bot © BM
Tenir jusqu’au bot © BM

Je suis allé un peu vite car ce n’est plus 20 sec d’avance que j’ai mais presque 1 minute. Je passe au 30 em km en 1’54’17. Je laisse filer ce groupe car les jambes s’alourdissent. Le lactique fait progressivement son oeuvre. Ma relative euphorie laissera place aux doutes lors de certains de ces derniers km. Au 35 em je devais passer en 2h14’11”et me voilà en 2h13’26”… je perds mon matelas d’avance peu à peu il se réduit a peau de chagrin, fondant à 6 secondes lors d’un km difficile. Je bataille pour rester en ligne, pense à des choses positives mais quelque chose est en train de lâcher dans ma tête. Je me sens lourd je veux voir la porte de Brandebourg enfin ! passage en 2h33’15” au 40 ème.
Je me dis : il me reste l’équivalent d’un tour du parc de la Colombière à courir… c’est rien et c’est tout. J’ouvre mes paumes de main, balance excessivement les bras … je vois la porte après un dernier virage… Elle est loin et l’arrivée davantage encore. J’entends mon souffle effréné, mes yeux sont rivés vers l’objectif… je veux mon record… absolument. Après le passage de la porte, la ligne est encore tellement loin. Je sprinte comme je peux et vois 2h41. .. et des secondes. .. je gémis. Je l’ai fait. Il a fallu aller chercher des ressources mentales dont je ne me croyais pas capable. Un record reste un record et même si je ne gagne que 24 secondes sur Barcelone, j’en connais seul le prix.”
 
 
Des moments à jamais gravés © SDR
Des moments à jamais gravés © SDR

 

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